grand soir ?
amours ?
et vivre ?
blues ?
grand soir ?
corsica
spleen ?
sur vivre ?
 
Il nous parlait de Bakounine
De Max Stirner et de Proudhon
Et nous disais moi j'imagine
Que l'homme un jour deviendra bon
Il nous parlait avec fièvre
Dans ce bistrot un peu crasseux
A la main un verre de bière
Il démontrait la mort de Dieu

Et nous on écoutait parler
Miguel qui se grisait
Des mots de son passé

Dans cette ville de province
Où les jeudis semblaient si longs
Lorsque l'argent se faisait mince
C'était vers lui que nous allions
Il était notre seul ami
Pour la gauloise et le demi
Et pour ses mots qui dans nos cœurs
Faisaient naître des jours meilleurs

Et nous on écoutait parler
Miguel qui racontait
Un peu de son passé

Il nous disait qu'à Barcelone
En l'an mil neuf cent trente sept
Le pouvoir n’était à personne
On se passait très bien des chefs
Et la compagnie des tramways
Etait aux mains de ses ouvriers
Et tous ensembles ils travaillaient
Sans hiérarchie instituée

Et nous on écoutait parler
Cet homme qui chantait
L'amour la Liberté

Il avait vu mourir son père
Dans la bataille pour Grenade
Un drapeau noir fût son suaire
Sur son cœur un bout il en garde
Il détestait les militaires
Pourtant il avait fait la guerre
Dans un maquis avec son frère
Mort au Vercors loin de sa terre

Et nous on écoutait parler
Miguel qui se grisait
Des mots de son passé

Il nous parlait de Kropotkine
De Louis Decoin et de Makno
Et nous disait que les usines
Sont des pièges pour rendre idiot
Il nous disait qu'il faut s'unir
En petites communautés
Où chacun pourra y bâtir
Sa vie dans la fraternité

Et nous on écoutait parler
Miguel qui nous disait
Surtout il faut aimer

Il nous disait que les Etats
Sont des monstres sans cœur et froids
Et que toujours c'est contre toi
Qu'ils inventent toutes les lois
Et qu'ils te brisent sans pitié
Si tu cherches ta liberté
Et remets en cause les normes
De cette vie si triste si morne

Et nous on écoutait parler
Miguel qui se grisait
Des mots de son passé

Et puis un jour il s'en alla
Chercher un trou pour y mourir
Il partit seul comme il se doit
Lorsque l'on ne sait pas mentir
Ce soir Miguel je pense à toi
Qui ne m'a laisser que la foi
Plus forte que mon désarroi
D'un avenir qui fleurira

Et nous on écoutait parler
Miguel qui se grisait
Des mots de son passé

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Saurons nous briser la chaîne
Des détresses et des haines
Qui nous lie et nous entraîne
Sur des routes incertaines
Saurons nous nous libérer
De l'envie de dominer
Saurons nous un jour aimer

Saurons nous chanter l'amour
Dans ce monde qui est sourd
Assez fort et chaque jour
Pour que cesse le tambour
Pour que cesse de nos armes
Le fracas et les alarmes
Saurons nous assez aimer

Saurons nous trouver la voie
Du plaisir et de la joie
Et clouer le désarroi
Sur les deux bras d'une croix
Saurons nous laisser la vie
S'habiller en paradis
Saurons nous assez aimer

Saurons nous prendre la main
De l'enfant qui vient demain
Et lui montrer le chemin
Vers un monde plus humain
Saurons nous le préserver
De la douleur d'exister
Saurons nous assez aimer

Saurons nous lui épargner
Nos nuits perdues à rêver
Nos journées qui sont passées
A pleurer la liberté
Saurons nous lui apporter
Le bonheur de nos idées
Saurons nous assez l'aimer

Saurons nous lui expliquer
Qu l'amour c'est d'écouter
Que l'amour c'est pardonner
Surtout le mal qu'on nous a fait
Que l'amour c'est de souffrir
Jusque à n'en plus tenir
Saurons nous assez aimer

Saurons nous guider l'étude
En éloignant les certitudes
De son âme et l'habitude
De l'ignoble solitude
Saurons nous lui expliquer
Qu'il lui faudra souvent pleurer
Saurons nous assez l'aimer

Saura t 'il nous pardonner
La folie d'avoir osé
Un jour assez fort nous aimer
Pour ne plus désespérer
Pourra t'il nous pardonner
Notre enfant de l'avoir fait
Saurons nous assez l'aimer

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mise à jour: 08/08/04